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Gauthier de la Revelière : un juriste multiculturel

Ghizlene Taleb, April 6, 20229 min
EmploiPromo 2006

Doté d'un profil multiculturel et d'une expertise juridique multidimensionnelle, Gauthier de la Revelière vous explique l'importance du conseil d'un juriste pour une entreprise. Á travers ses expériences en droit commercial, en droit des contentieux ou en droit fiscal et des sociétés, son parcours cartographie les enjeux du droit aujourd'hui.

Bonjour Gauthier. Quelles classes as-tu fréquentées à Saint-Stan’ ? Comment ont-elles orienté tes choix d’études supérieures ?

Je suis arrivé à Saint-Stan' en 2003 et j’y ai passé mes trois années de lycée. Ayant un goût prononcé pour l’histoire, les langues étrangères et l'économie, je me suis orienté vers la filière ES. Les sciences éco me plaisaient particulièrement car c’était une matière très liée à l’actualité. Je me rappelle d’ailleurs que, chaque semaine, un élève devait préparer une revue de presse et la présenter devant toute la classe. C’était un exercice dans lequel je me sentais à l’aise car j’avais, à l’époque, pour ambition de devenir journaliste. Le parcours ES était donc pour moi la voie idéale pour tenter les concours d’entrée en IEP ou faire une licence de droit avant d’intégrer une école de journalisme.

Quels sont les plus beaux souvenirs de tes années lycée ?

Il y a eu avant tout de très belles rencontres : en seconde, j’étais le nouveau qui avait loupé les premiers jours de cours à cause d’une opération chirurgicale et quand j’ai enfin pu reprendre les cours, j’étais en béquille pour un mois. Quand j’ai passé la grande porte d’entrée du bahut, j’étais un peu perdu et je suis tombé sur Pierre Seillier qui est venu vers moi avec un grand sourire en me disant “c’est toi le nouveau?”. De là est née une amitié qui continue encore aujourd’hui. J’ai également fait la connaissance d’Arnaud Fronty avec qui on avait une passion commune pour le jeu vidéo et le cinéma. Quelques années plus tard, j’étais son témoin de mariage.

Un autre souvenir marquant fut d’avoir participé à la rédaction du Globule, le journal de St-Stan, d’abord comme contributeur puis comme rédac’ en chef. C’était une activité extra scolaire qui demandait beaucoup de temps et d’investissement personnel pour être capable de sortir quatre numéros par an, mais j’étais aidé par une équipe d’élèves très motivés qui voulaient contribuer à la vie de St-Stan' avec des articles, des jeux, des photos ou encore des dessins.

Aujourd’hui juriste en droit des affaires internationales, qu’est-ce qui t’a motivé à suivre des études de droit ? 

Comme je le disais avant, j’avais à l’époque envie de devenir journaliste. Les sujets qui m’intéressaient le plus étaient l’économie et la géopolitique. Je voulais donc obtenir un diplôme assez généraliste qui me permettrait ensuite d’intégrer un IEP ou une école de journaliste. Finalement en découvrant le droit, je me suis petit à petit désintéressé de la profession de journaliste au profit de celle de juriste.

Quels ont été tes établissements de formations ? Quels enseignements y as-tu reçu ?

J’ai d’abord étudié à l’Institut Catholique des Etudes Supérieures de la Roche-sur-Yon qui offrait un enseignement de qualité dispensé par des professeurs venant de la fac d’Aix, de Science Po ou encore de Saint-Cyr. J’y ai passé trois ans pour obtenir une licence en droit privé avec un séjour de six mois en Afrique du Sud. Ensuite, j’ai décidé d’aller à Aix-en-Provence pour me spécialiser en droit des affaires internationales. Les deux sujets qui m’intéressaient le plus étaient le contentieux et le droit des contrats, mais il y avait beaucoup d’autres matières qui m’ont beaucoup apporté comme le droit constitutionnel, l’étude des idées politiques ou encore le droit pénal. Enfin, après avoir réussi l’examen d’entrée au CRFPA en 2013, j’ai intégré l’Ecole de Formation du Barreau de Paris pour devenir avocat.

Quels ont été tes premiers contacts avec le monde de l’entreprise ?

Dès la licence, j’ai eu l’occasion de faire plusieurs stages car c’était une obligation pour valider les deux premières années. Ainsi, à la fin de ma première année, j’ai travaillé un mois comme assistant administratif dans la division commerciale d’un groupe du secteur de la défense, puis l’année suivante j’ai réalisé deux mois de stage au Tribunal de commerce de Nantes. A part la dernière de master, les stages n’étaient pas requis mais je profitais de chaque été pour tenter une expérience différente et ainsi me familiariser chaque fois un peu plus au monde du travail.

Pourquoi considères-tu que les stages sont la meilleure façon de développer ses compétences ?

Pour ma part, les stages étaient une bonne opportunité de confronter la théorie à la pratique. Sur les bancs de la fac, on apprend ce qu’est la responsabilité délictuelle ou encore comment un contrat est légalement formé. Mais on ne nous apprend pas vraiment à rédiger un contrat, ni à évaluer un risque. On apprend également à l’occasion de ces stages que tout n’est pas blanc ou noir, mais qu’il y a différentes nuances de gris. Les stages sont aussi l’occasion de découvrir des domaines auxquels on n’était pas confronté en université. J’ai ainsi découvert lors d’un de mes stages comment se déroulait une expertise judiciaire dans le cadre d’un contentieux.

Comment as-tu vécu tes stages au Brésil ? Quelles ont été tes difficultés ? Sur quels champs es-tu intervenu ?

Les stages que j’ai pu effectuer au Brésil étaient pour moi une grande chance car j’ai grandi au Brésil jusqu’à mes dix ans, mais depuis le retour de la famille en France, je n’avais pas souvent l’occasion d’y aller. C’était donc l’opportunité de redécouvrir à 21 ans ce pays que j’avais quitté comme enfant. Les premières semaines étaient assez compliquées car même si je n’avais pas complètement oublié mon portugais, je ne le pratiquais plus beaucoup donc il fallait l’apprendre à nouveau très rapidement. Pendant le premier stage, j’étais dans un cabinet d’avocats qui était spécialisé en droit des sociétés et fiscalité. Je rédigeais des actes juridiques et je contribuais à des consultations pour des clients en réalisant des recherches et en faisant de la veille juridique. J’ai eu aussi l’occasion de participer à des négociations contractuelles et d’assister à une conférence sur la fiscalité internationale qui était organisée par une association de différents cabinets d’avocats d’Amérique Latine.

Tu as réalisé un volontariat international à Dubaï. Dans quelle mesure l’ouverture culturelle permet-elle de mieux saisir les enjeux du droit international ? 

Ayant eu la chance de voyager et de vivre à l’étranger dès mon plus jeune âge, j’ai tout le temps côtoyé des personnes qui venaient de pays différents. Donc j’ai toujours été habitué à m’intéresser aux personnes, à poser des questions et à chercher à comprendre leur culture. Tout cela m’aidait à créer des liens avec ces personnes venues d’ailleurs. Or, dans les relations d’affaires internationales (pas uniquement dans le droit), cette ouverture d’esprit est cruciale pour pouvoir avancer. Les français sont réputés pour être très directs et d’aimer la confrontation alors que les anglo-saxons sont plus diplomates et préfèrent éviter de créer des tensions. En vivant à Dubaï, je me suis rendu compte que, par certains aspects, la mentalité brésilienne et la mentalité du Moyen-Orient étaient très similaires. Il faut donc savoir s’adapter à son interlocuteur pour éviter des malentendus voire des conflits.

Quelles sont les principales tâches que tu effectues au cours d’une journée type ?

J’ai souvent entendu dire pendant mes études que le juriste n’avait pas vraiment de journée type. D’après mon expérience, c’est en partie vrai. Mon rôle en tant que juriste d’affaires est de négocier des contrats avec les clients de ma société. Donc il y a beaucoup de réunions téléphoniques et des longues heures passées à revoir des documents et rédiger des contrats. Il faut aussi constamment former ses collègues qui ne sont pas juristes pour s’assurer que tout le monde suive les règles applicables à notre activité.

Mais il existe aussi des imprévus et ces dernières années en sont le parfait exemple : en mars 2020, quand la France a entamé son premier confinement, j’ai dû revoir en urgence plusieurs dizaines de contrats signés pour vérifier ce que nous devions faire alors que nos usines étaient fermées pour cas de force majeure. Le juriste fait partie des personnes que l’on appelle en premier quand il y a un problème dans la vie d’une entreprise car les dirigeants ont besoin de savoir ce qu’ils peuvent ou doivent faire selon les circonstances. 

Est-il facile de trouver un emploi en tant que juriste ? Comment as-tu été embauché chez SEGULA Technologies puis chez Radiall ? Quelles sont tes prérogatives ?

Tout va dépendre de la spécialité que l’on choisit mais aussi de la période. Les juristes en droit des sociétés ou en droit du travail sont très recherchés en entreprise, tandis qu’il y a moins d’opportunités pour des juristes en contentieux car les entreprises font généralement appel à des avocats en cas de litige. Cependant, le marché des juristes semble aujourd’hui particulièrement dynamique et il y a beaucoup d’opportunités. Encore faut-il trouver la bonne.

Quand j’ai quitté la profession d’avocat pour aller en entreprise, j’ai choisi d’aller chez SEGULA car ils me proposaient un poste de juriste contentieux, ce qui correspondait à ce que je faisais en cabinet. Très rapidement, mon poste a évolué et j’ai commencé à travailler en droit des sociétés et en fusions-acquisitions. C’était très formateur et stimulant intellectuellement, mais je souhaitais retrouver un rôle plus proche des opérations commerciales. J’ai donc rejoint Radiall en janvier 2020 pour assurer une mission de conseil juridique auprès de la direction commerciale. Depuis cette date, je passe une grande partie de mon temps à négocier des contrats commerciaux avec des partenaires internationaux, mais je travaille également sur des projets structurants comme la mise en place d'une plateforme digitale de gestion des contrats, ou encore la création de la politique contractuelle du groupe.

En quoi le droit est-il exigeant ?

C’est une matière qui demande beaucoup de rigueur. Qu’on soit avocat ou juriste, le rôle est essentiellement le même : expliquer le droit à une personne qui n’y connaît rien et l’aider à trouver une solution concrète. On ne peut donc pas se permettre des approximations, et il est nécessaire d’avoir une parfaite compréhension du problème pour donner une réponse adaptée. 

Quels sont les clichés qui pèsent sur ton métier ?

Je pense que le plus gros cliché concernant les juristes, c’est qu’on ne sait pas répondre simplement par oui ou par non. Un juriste en effet répondra toujours “ça dépend” car le plus souvent, quand on nous pose une question, celle-ci est rarement complète et on ne dispose pas de toutes les données du problème. Par conséquent, on doit toujours nuancer nos propos et s’assurer que notre réponse ne soit pas mal interprétée.

On dit aussi parfois que le juriste est un empêcheur de tourner en rond, mais je trouve que ce cliché est de moins en moins vrai. On vient en effet parfois jouer les trouble fêtes en empêchant nos opérationnels de réaliser certaines transactions, mais c’est toujours dans une démarche de protection de l’intérêt de l’entreprise. Comme je le dis souvent, le juriste est comme une rambarde : c’est pas là pour vous embêter, mais plutôt pour vous empêcher de tomber.

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