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Un cœur humain : Rencontre avec le Pr Daniel Duveau

Ghizlene Taleb, May 10, 20215 min
EmploiPromo 1964

« La chirurgie c’est de l’artisanat ». C’est ainsi que Daniel Duveau, chirurgien ayant réalisé les premières implantations de « cœurs artificiels » en France, définit son métier. Pour lui, la médecine se doit d’être, avant tout, humaniste. Portrait. 

Aujourd’hui chirurgien retraité, quel a été votre parcours professionnel ? 

Dès mon enfance, je voulais « ouvrir des ventres ». Après avoir obtenu mon baccalauréat, j’ai été reçu au concours d’entrée aux études de santé. Quelques années plus tard, mon classement au concours de l’internat m’a permis de me spécialiser dans la chirurgie, en particulier dans la chirurgie thoracique et cardio-vasculaire. En 1980, j’ai passé l’agrégation et je suis devenu professeur de chirurgie thoracique et cardio-vasculaire à la faculté de médecine de Nantes. Le développement à Nantes de la transplantation cardiaque au milieu des années 1980 et la prise de conscience de ses limites m’ont motivé à travailler sur les alternatives mécaniques à la transplantation cardiaque. Très touché par les conséquences des malformations cardiaques, j'ai travaillé dans la chirurgie cardio-vasculaire pédiatrique, contribuant à faire du CHU de Nantes l’un des principaux centres français compétents dans ce domaine.  Ainsi, j’ai intégré, quelques années avant ma retraite, l’équipe développant le cœur artificiel français CARMAT, créé par le Pr Carpentier. Je suis en retraite, mais toujours actif dans l’humanitaire et consultant pour Carmat. 

Quels ont été les moteurs de votre carrière ? 

Tout d’abord je me suis donné les moyens, j’ai cherché à apprendre, à comprendre et j’ai eu la chance de collaborer avec des personnes très compétentes. J’entretenais aussi une vie de famille saine où l’entraide régnait, permettant à chacun de s’épanouir personnellement autant que professionnellement. Enfin j’ai entrepris et tenté, parfois échoué, mais c’est comme cela que j’ai appris. Bien évidemment, un échec en chirurgie n’est pas facile à vivre, mais il faut se faire confiance et persévérer. 

Vous témoignez d’une vision humaniste de la médecine. Comment cela se manifeste-t-il ? 

En travaillant sur les prothèses cardiaques, j’ai eu l’opportunité de voyager et de côtoyer des chercheurs américains, allemands, canadien, autrichiens … j’ai donc pu apprendre par l’échange, en m’ouvrant sur autrui. Par ailleurs, durant ma carrière, j’ai été sollicité par le chirurgien cardiaque Alain Deloche, fondateur de la Chaine de l’Espoir, et c’est avec engouement que j’ai accepté d’opérer bénévolement des enfants issus de pays en voie de développement, pauvres et sous-équipés. De nos jours je profite de ma retraite pour nouer des partenariats et collecter des fonds au profit de la Chaine lors de spectacles, de concerts, de chorales … : retrouvez-moi sur le terrain du Noël Magique de La Baule !!! 

Selon vous, qu’a prouvé la pandémie Covid-19 ? 

Premièrement, que l’être humain ne peut pas avoir réponse à tout, avec immédiateté. Je salue à ce titre les chercheurs du monde pour leurs efforts afin de mieux connaitre le virus et créer des vaccins. 

Deuxièmement, nous avons tendance à sous-estimer les risques et à amoindrir les dangers, et le manque d’anticipation nous conduit vers la catastrophe. 

Troisièmement, il existe un manque de pédagogie et d’honnêteté scientifique, renforçant la peur et la crainte chez nos concitoyens. Le risque zéro n’existe pas et il faut du temps pour découvrir, comprendre et proposer des thérapeutiques.

Quatrièmement, la pandémie a montré le potentiel extraordinaire de générosité, d’entraide et de dévouement de l’homme pour aider ses congénères. 

Comment envisagez-vous l’avenir ? 

Il faut se méfier du progrès scientifique et d’un usage non maitrisé de l’intelligence artificielle. L’enseignement de la médecine est devenu trop rationnel et technique. On perd l’essentiel : l’humain, avec de plus en plus de tendances à la rupture de la relation patient-médecin. Or la médecine est passionnante de par sa proximité avec le concret, physique et psychologique.