L’Amicale St Stan fait peau neuve. Découvrez son nouveau site et rejoignez l’aventure !

X

Quand on ne trouve pas ce qui nous plaît, on le crée ! dira Laura Levilly-Deola

Ghizlene Taleb, June 22, 202112 min
EntrepreneuriatPromo 2004

Lorsqu'on n'est pas épanoui dans ce que l'on fait et que l'on n'a rien à perdre, il faut savoir s'arrêter ; c'est le moment de tenter des expériences inédites.

Bonjour Laura, quel parcours as-tu suivi à Saint Stan? Quel souvenir en gardes-tu ?

À Saint-Stan, j'étais présidente du bureau des élèves avec Baptiste Lorber et j’ai obtenu mon bac L en 2004. J’ai fait partie de la classe de seconde Jacksonville ainsi que de la première promotion qui a mis en place le voyage humanitaire au Burkina Faso avec Madame Brinet. Après mon bac, j'ai reçu le prix de l'Amicale des Anciens Elèves pour récompenser mon investissement. D’ailleurs, je suis celle qui a créé le goûter de Noël et relancé le Globule : le globule était dormant depuis des années et en tant qu’élève en arts plastiques, j'avais fait des recherches historiques et j'avais trouvé l’idée intéressante et j’ai voulu le réhabiliter.

Qu’as-tu fait durant tes études supérieures ?

Le bac en poche, je suis partie à la Catho d'Angers dans l’optique d’obtenir un diplôme d'art plastique pour devenir commissaire priseur. Cependant, je n’ai pas fini mon cursus, je n’ai effectué que deux ans, me rendant compte que le diplôme n’était pas reconnu par l’état.

Ensuite, le temps de me trouver une autre formation, j’ai travaillé en restauration rapide et j’ai pu monté les échelons relativement vite puisqu’au bout d’un an et demi, je suis devenue manager. À ce moment-là, j'ai rencontré mon conjoint qui a eu l'opportunité de partir aux États-Unis en visa dans une école pour être directeur de la technologie. J’ai décidé de le suivre. 

Ton arrivée aux States :

Au début, la situation était un peu bizarre et compliquée pour moi parce que les visas étaient difficiles à obtenir : il fallait préparer un diplôme, justifier d’un certain nombre d’années d’expériences ou trouver un employeur prêt à embaucher et à payer en attendant qu’on nous délivre le visa. J'ai réussi à avoir mon premier visa grâce à un sponsor. 

Mon premier boulot consistait à recruter des jeunes majoritairement européens, mais aussi Américains, pour les envoyer travailler en Australie pendant six mois. Ils travaillaient dans des hôtels de luxe dans le cadre de visas vacances-travail. Je rencontrais des jeunes, je leur faisais des entretiens pour vérifier leur niveau anglais. Il fallait aussi leur préparer un hébergement, une assurance… et après les six mois soit on les remettait sur un autre contrat, soit on les aidait à récupérer l'argent de leur taxe pour qu’ils puissent aller voyager six mois encore. Ça tombait bien parce que ça m’a permis de parler de mon expérience et de rassurer les candidats. 

As-tu été impactée par la barrière de la langue pour ton intégration ? 

Je n’étais pas bilingue mais j’avais des bases d'Anglais. Par contre, à l’école, on n’est pas du tout formé à l’américain ou aux expressions typiques. Plus difficile que la langue, ça a été le côté culturel : quand on arrive dans un pays étranger, on ne peut pas récupérer toute la culture. Je pense que j'ai de l'humour ; le problème, c'est que j'avais peur de pas avoir cet humour car on ne peut pas traduire une expression. 

J’ai eu de la chance d’apprendre très vite, en activant mon instinct de survie : je mettais Netflix en bruit de fond en permanence pour m’habituer à la langue et je passais mon temps à discuter avec des personnes au hasard dans des centres commerciaux. Aussi, le fait de multiplier les expériences professionnelles m’a permis d’apprendre beaucoup de vocabulaire et de me sentir plus à l’aise.

Ce qui est vraiment embêtant et que j’ai particulièrement ressenti sous Trump, c’est le mouvement anti-immigration, anti-étrangers. Mais il faut dialoguer pour faire comprendre à ces personnes que nous ne profitons pas du système ; au contraire, on y contribue sans rétribution en retour.

Parle-nous du management de propriétés :

En 2014, j'ai commencé à travailler dans le management de propriétés parce que je souhaitais gagner de l'expérience et avoir de la mobilité. Au départ, j’ai été embauchée par un magnat de l’immobilier pour manager deux propriétés à Austin :  je m'occupais de trouver des clients, préparer les propriétés, faire en sorte que les jardins soient nickels, contacter des vendeurs… Puis, au fur et à mesure, on se développait, on les mettait sur Airbnb et, après avoir commencé avec des propriétés de un à deux millions de dollars, je suis passée à des biens jusqu'à vingt millions de dollars. On recevait des célébrités, Google, Apple parfois. J’ai arrêté en 2017 parce que ça devenait trop gros pour moi toute seule, je travaillais tout le temps, jusqu’à gérer des propriétés de luxe dans l'Utah ou les Caraïbes que je n'avais jamais vues. 

Entre-temps, la clause de non-concurrence inscrite dans mon précédent contrat est tombée et j’ai été contactée par d’anciens clients pour gérer leurs habitations. J’ai entrepris de créer ma propre entreprise de management de propriétés de luxe en 2018 : Skip the Hotel. En fait, pour en créer une aux États Unis, ça m'a coûté dix-sept $ USD, soit environ vingt euros et une demi-heure. Je manage des biens de célébrités que ce soit des maisons, des instruments de musique, des véhicules, du mobilier…Par contre, je ne voulais pas que ce soit du temps plein parce que je suis sociable et j'aime bien j'aime rendre service, et là, je me retrouvais toute seule à gérer des possessions.

Du coup, j’ai recommencé à travailler à temps plein pour d'autres entreprises qui possédaient des Airbnb mais je n’ai jamais aimé leur mode de fonctionnement. 

Je me suis dit : on n’est jamais mieux servi que par soi-même, et je me suis découvert une passion pour la maintenance et le management de plus grosses propriétés. J’ai fait ça  pour une entreprise de courtier en fret qui disposait de buildings à Chicago, dans l'Illinois, dans le Tennessee, et aussi au Texas. Je viens juste de finir mon contrat.

Comme créer une entreprise est facile, j’en ai créé une autre pour faire des trucs avec mes mains parce que je faisais un peu d'impression en 3D et de travail au laser déjà et des personnes me proposaient de les acheter donc j’ai décidé de les vendre par le biais de la seconde auto-entreprise : Ola Lab. 

Tes expériences de bénévolat :

J’ai été bénévole à la Citizen police Academy, m’occupant cinq heures par semaine pendant un semestre.  La police livrait des cours sur le département criminel, sur le département des vols… J’ai bénéficié d’une journée d'expérience avec le SWAT et j’ai pu faire des rondes avec la police le soir. C'était très intéressant culturellement, surtout que le port d’armes est autorisé aux Etats-Unis et que c’était un moment où on débattait beaucoup sur la discrimination. J’ai pu intégrer différents points de vue.

J'ai aussi participé à de nombreuses actions de bénévolat, notamment pour une association qui s'appelle Half Helen qui propose de l’accompagnement et un suivi médical aux enfants défavorisés. En fait, l’Etat dispose des pourcentages d’enfants ayant des problèmes de santé mais ne propose pas de solutions : si les gens n’ont pas d'assurance, s’ils ont peur qu'on ait leur nom parce qu'ils ont peur d'être déporté, s'ils n’ont pas d'argent, s’ils sont en prison… qui va les soigner ? parce qu'il y a des écoles très défavorisées, et qui regroupent une importante population issue de l’immigration. Au sein de l’association, on met à disposition cette data auprès des médecins qui interviennent directement dans les écoles. Aussi, on a développé une clinique sur roues il y a deux semaines où se trouve tout l'équipement pour faire les examens approfondis ainsi que des paires de lunettes, ce qui nous permet d'offrir une solution tout-en-un. 

C'est un truc qui me passionne et qui me permet de trouver un équilibre avec ma vie professionnelle. 

Quid de la gestion du temps entre tes différents projets :

Elle n’existe pas aux États-Unis (surtout pour des emplois de cadre), on n'a pas d’emploi du temps fixe, c’est très flexible et aussi très prenant. Personne ne nous embête mais, en même temps, il faut être toujours disponible.

Pour ma part, j'ai toujours été une one woman show dans le sens où j'étais toujours la seule dans mon département et j’ai besoin de ça. La semaine dernière, j'ai formé des employés sur comment éteindre des feux, et en parallèle, je faisais de la menuiserie, de l’impression 3D, je rédigeais un employee book pour mon entreprise…

Je n’ai jamais trouvé de boulot jusqu'à maintenant où je pouvais faire tout ce qui me plaisais à la fois donc j’ai décidé de m’engager dans des domaines différents, même si c’est parfois difficile de justifier mon CV devant un recruteur. 

Qu’envisages-tu de faire pendant les mois à venir ? 

Je prévois de garder mes deux entreprises et de travailler en tant que consultante pour l’association, à temps plein. J'ai vraiment envie de participer plus, de gagner de l'expérience dans l’humanitaire parce que j’ai cette passion pour le service en général. 

D’autre part, c'est l'année où je vais commencer le processus de naturalisation américaine qui va me permettre de voter et de participer à la vie citoyenne. Sinon, j’ai accompli tout ce que je voulais. Le seul truc que j'aimerais plus, c'est pouvoir revenir en France plus souvent pour revoir ma famille.

Le mot de la fin :

Si certaines personnes souhaitent effectuer un stage de bénévolat à distance, je peux les aider et les guider. 

linkedin.com/in/laura-levilly-deola-1859122b

https://www.ola-lab.com/fr