Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles : Découvrez le parcours de François-Xavier Vandanjon !

Ghizlene Taleb, June 21, 202112 min
CulturePromo 1985

Le spectacle de son et lumières projeté sur la Cathédrale de Nantes et sur la façade du muséum d’histoire naturelle, une œuvre d’art originale pensée par un banquier. Explications de François-Xavier VANDANJON.

Banquier depuis vingt ans, quel parcours avez-vous suivi ?

Je suis arrivé à Nantes en 1981, après avoir habité à Reims, Bordeaux, Paris… J’ai commencé ma sixième à Saint-Stan et j’y suis resté jusqu’à la seconde. Après, intéressé par l’environnement, je voulais m’orienter vers un Bac scientifique avec option phytotechnique (biologie animale et végétale), le bac D’ à l’époque. J’ai donc dû quitter l’établissement. 

Le bac en poche, j’ai choisi d’intégrer l’école nantaise de commerce de Nantes, l’ENACOM, rue Crébillon. Là, je me suis trouvé une âme dans les métiers de la communication et de l’événementiel et j’étais épanoui commercialement dans ces études, surtout lors des stages. J’avais notamment créé des produits pour le FC Nantes ! 

En sortant de l’école, j’ai joué la sécurité et je me suis inscrit à des centrales de recrutement. J’ai été contacté par le Crédit Mutuel pour devenir chargé de clientèle Centre-Ouest et j’y suis maintenant depuis vingt ans.

Quand avez-vous commencé vos travaux artistiques ?

Lorsque j’étais en deuxième année d’études supérieures, j’ai créé la fresque du Toucan, placée aujourd’hui en face de l'hôtel de ville.

En 1994, elle était place Aimé Delrue, en face du CHU. Mais il a fallu l’enlever à cause d’un projet immobilier et, heureusement, elle était faite sur une toile plastifiée. On l’a déplacée, on l’a faite rénovée et la mairie de Nantes en est devenue propriétaire. Ce que je trouve génial est que la fresque, en vingt ans, n’a jamais été abîmée, elle a été sauvegardée ; signe que les belles choses peuvent être protégées par tout le monde.

C’est à ce moment-là que vous avez commencé à imaginer des œuvres pour votre ville?

Déjà, mon lien entre la ville, l’art et l’environnement était visible : il me tenait à cœur de mettre de la végétation dans la ville et de défendre les animaux.

Au fil des années, la cohérence s’est construite et une belle histoire s'est écrite entre la fresque, la cathédrale de Nantes, le muséum d’histoire naturelle (spectacle projeté tous les 2 ans, en parallèle avec la cathédrale) et le jardin des plantes (exposition temporaire des œuvres d’Alain Thomas et projections lumineuses d’animaux).

Racontez-nous la genèse du spectacle de sons et lumières :

En fait, j'ai eu un coup de foudre pour les œuvres du peintre nantais Alain thomas lorsqu’on m’avait invité à l’inauguration du triptyque qu’il avait offert à la cathédrale de Nantes en 2004. 

En 2014, je voulais fêter avec mon associé l’anniversaire de ce don: initialement, nous prévoyons une projection statique de l’image du triptyque sur la cathédrale mais nous cherchions quelque chose de plus dynamique. Nous avons donc entamé le démarchage de plusieurs entreprises dont une basée à Rennes connue pour son spectaculaire allumeur d’images. Elle nous a fourni un devis assez conséquent. J’ai donc pris mes valises pour proposer ce projet à ma directrice du crédit mutuel et la convaincre de conclure un partenariat : elle a accepté malgré le gros risque. Ce budget assez confortable nous a permis de lancer la création. Depuis, c’est devenu le partenaire officiel et historique, aux côtés de la mairie de Nantes et du conseil régional. Ce sont les trois piliers du projet mais nous sommes également accompagnés par une vingtaine d’autres partenaires. 

Pourquoi Alain Thomas ?

Son univers tourne autour des toucans du monde entier à travers la peinture et l'imaginaire. J’aime le décalage entre le végétal, qui est sublimé, et l’animal, dont la représentation est réaliste. C’est tout l'intérêt du partenariat étroit avec le muséum d’histoire naturelle et le jardin des plantes: beaucoup de scientifiques approuvent les descriptions fidèles à la réalité des œuvres d’Alain Thomas.

Comment imaginez-vous et mettez-vous en place le spectacle ?

La première année, la cathédrale a été entièrement scannée pour adapter la projection aux reliefs et qu’elle épouse la structure. Ensuite, cela fait, une vingtaine d’infographistes a travaillé pendant plusieurs mois à partir de cinquante ans de tableaux du peintre Alain Thomas. Chaque feuillage de tableau a été décomposé en fragments et la constitution d’une seule image prenait de nombreuses heures.

Nos thèmes sont différents tous les deux ans : il faut créer une histoire originale, une musique originale, il faut reprendre certains tableaux... c’est beaucoup de travail pour aboutir à une œuvre d’art unique et éphémère.

Comment concevez-vous la complémentarité entre votre travail et vos engagements artistiques ?

Je me donne énormément dans ce que je fais car je touche au réel de la vie économique d’une part et à l’imaginaire et au rêve avec le spectacle d’autre part. Ce sont mes deux facettes : les pieds sur terre et la tête dans les étoiles, j'associe les deux. Heureusement que mon métier me dégage une journée (le lundi) durant laquelle je m’occupe des spectacles, le week-end et les jours fériés aussi. A prouver aussi que pendant la période du Covid, si j’avais eu que l’événementiel, imaginez économiquement comment ça se serait passé… Là, je n’ai pas de contrainte financière et ça me permet de proposer mes spectacles à des partenaires institutionnels ou privés de manière plus libre et sereine. En fait, je ne suis pas là pour vendre un spectacle mais pour le proposer et, s’il y a un coup de foudre artistique, on collabore. La première démarche que nous avons ne se base pas sur la rentabilité du spectacle et cela est possible grâce à mon métier.

Quelles sont les valeurs mises en avant à travers Lucia ?

La défense de l’environnement, l’accessibilité (gratuité, tous âges), la musicalité (intensifie le travail artistique en étant sur mesure avec l’image), la spiritualité et la recherche de l’émotion, le partage de la magie de Noël. Nous défendons aussi l’universalité puisqu’aucune interprétation n’est imposée : il n’y a pas de phrases sonores pour permettre à chacun de développer son imaginaire et d’interpréter l’animation comme il le souhaite. Quand on arrive à transmettre l’émotion, c’est notre plus grande richesse. Pendant treize minutes, le public est à l’unisson.

J’imagine que la crise sanitaire a dû affecter vos activités…

C’est le moins qu’on puisse dire ! On était censés réaliser un spectacle en Décembre 2020. Tout était prêt, les affiches étaient mises sur les arrêts de bus à Nantes, la création artistique était réglée et disponible... mais la mairie ne nous a pas octroyé d’autorisation. 

On produira ce spectacle en Décembre 2021. Je suis incapable de savoir comment cela va se passer avec les mesures sanitaires, la jauge, le risque attentat...mais, une chose est sûre, ça se fera. Le thème : mystères d’Amazonie, il y aura plein de messages en lien avec l’incendie et les peuples Incas, qu’il faudra déchiffrer.

D’habitude, nous alternons les projections sur Nantes et Angers mais, étant donné le report, nous devrons gérer les deux cette année. Il y aura même le mans car la région veut faire profiter tous les ligériens. Cette année sera assez particulière en termes d’organisation et de logistique.

D’ailleurs, la logistique, parlons-en :

Le spectacle est totalement gratuit et les dons de nos partenaires nous permettent de payer la sécurité, les assurances et la création artistique. Nous ne sommes que deux à tout gérer, mon associé et moi: on fait la comptabilité, la communication, la création... ça fait beaucoup de boulot. Je vis beaucoup de stress avec l’organisation, la prévision des risques, la formation d’une centaine de bénévoles.

En parlant de cela, en ce moment, nous cherchons des bénévoles pour le spectacle Lucia.  Nous avons un partenariat avec Audencia et l’ENACOM, pourquoi pas St-Stan un jour ? Beaucoup d’étudiants partent en vacances à Noël. Sans eux, le spectacle ne peut pas se faire.

Le mot de la fin :

En résumé, c’est extrêmement prenant, chronophage, stressant mais je le fais avec passion. 

Ce qu’il faut retenir : il faut s’adapter, rester optimiste et positif, ne pas se décourager même si ce n’est pas toujours facile, bien s’entourer. Surtout, il faut croire au rêve, il n’a pas de prix, on peut encore être dans le bonheur et le positif dans les mois qui viennent, on ne peut rester dans ce tunnel de noirceur, la lumière arrive.

Twitter: @SpectacleLucia

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