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Elise Maillot : la justice de la bienveillance

Ghizlene Taleb, September 16, 202112 min
ÉtudiantsPromo 2007

Dans le monde professionnel, l'ambition ne rime pas forcément avec l'épanouissement. Pour Elise Maillot, la reconversion professionnelle a été salvatrice.

Quel a été ton meilleur souvenir de Saint-Stan' ?

Sans aucun doute, ma rencontre avec Camille P., la jeune fille qui est devenue ma meilleure amie par la suite. Nous avons traversé beaucoup d’épreuves ensemble et vécu des moments que je n’oublierai jamais. Je pense notamment aux cours de chinois : nous étions bonnes élèves mais parfois un peu dissipées et nous avons, encore aujourd’hui, quelques fous rires en repensant à ce que nous avons fait endurer à notre professeur de l’époque (qui était génial par ailleurs !).

Peux-tu nous présenter des éléments concernant ta scolarité ?

J'ai fait tout mon lycée à Saint-Stan' et j'ai passé mon Bac Littéraire en 2007. Je me souviens du fait que le choix de cette filière ne s’est pas fait sans réticence de mon père, qui craignait le manque de débouchés… Il avait néanmoins fini par me soutenir, à condition que j’obtienne une mention très bien !

Ma mention obtenue, j’ai intégré la fac de droit d’Angers, qui me permettait de me spécialiser très rapidement en droit public. Le niveau y était très bon et les enseignements n’avaient rien à envier aux facultés plus réputées. Rapidement, le droit européen et international a commencé à m’intéresser. J’ai donc opté pour un Master 1 spécialisé dans ces matières, au cours duquel je me suis prise de passion pour le droit de la concurrence, européen comme français. 

J’ai donc naturellement poursuivi mon cursus en Master 2 droit de la concurrence à Assas, afin de devenir avocate dans cette matière (non sans avoir hésité, au préalable, à me lancer dans la recherche !).

Au cours de cette année de Master 2, j'ai réalisé un tout premier stage dans un cabinet d'avocats  (Field Fisher Waterhouse). J’ai adoré cette première expérience : les avocats avec lesquels j’ai eu la chance de travailler étaient absolument fabuleux et nous avons depuis gardé d’excellentes relations. 

Quelle a été la suite ?

Après mon Master 2, j'ai décidé de passer les épreuves du barreau et, en parallèle, d'intégrer HEC pour une année de Master spécialisé en droit et management international. J’avais en effet conscience que ce type d’expérience serait valorisé en cabinet d’avocats, en particulier en droit de la concurrence qui est une matière très économique. 

Cette année passée à HEC m'a permis de valider le “projet pédagogique individuel” obligatoire à l’école d’avocats. J’ai ensuite suivi les cours dispensés à l’école tout en étant en alternance au sein du département concurrence du cabinet Bredin Prat. J’ai enfin effectué mon stage final au sein du département concurrence du cabinet Linklaters.

Comment peux-tu décrire tes débuts de carrière?

Après avoir passé le CAPA et prêté serment, en 2014, j’ai eu la grande chance de rejoindre le département concurrence du cabinet de mes rêves : Darrois Villey Maillot Brochier. J’y suis restée un peu plus de quatre ans : ce furent des années extrêmement enrichissantes, à tout point de vue. 

J'ai néanmoins fait le choix de quitter la profession fin 2018 pour plusieurs raisons.

Il est vrai que je travaillais avec un super associé, sur de superbes dossiers, je gagnais bien ma vie… Cependant, la conciliation de ma vie professionnelle avec ma vie personnelle (sport, amis, activités bénévoles, etc.) était un point très délicat et je supportais de moins en moins les sacrifices consentis. Je pense ici, notamment, à l’annulation de mes vacances, de mes week-ends, aux nocturnes, etc.  J’ai également, à cette période, été confrontée à des problèmes de santé qui m’ont aidée à prendre du recul. J’ai réalisé que mon quotidien professionnel manquait de sens et je n’étais plus prête à y consacrer autant de temps.

Étant profession libérale, je n’avais pas droit au chômage et il m’a fallu une bonne dose de courage pour prendre la décision de quitter la profession ! 

As-tu pu trouver un travail dans lequel tu te sens épanouie ?

Quelques mois après avoir quitté le cabinet, j’ai rejoint pour six mois la Legaltech Predictice, en tant que Responsable des relations publiques. Une Legaltech en or ! J’y suis actuellement directrice des relations publiques et du marketing. À ce titre, je suis notamment en charge, avec l’aide d’une équipe fabuleuse, de l’organisation des évènements, des réseaux sociaux, des partenariats avec l’écosystème, des relations presse, etc. 

Aujourd’hui, c'est incontestable, je suis beaucoup plus épanouie dans mon travail qu’à l’époque. J’y ai naturellement perdu sur le plan financier, mais je n’ai jamais regretté ma décision. 

Dans le cadre de tes fonctions, quels projets te tenaient à cœur et ont pu voir le jour ? 

J'avais à cœur de développer le podcast “Appelez-moi Maître”, évidemment avec l’accord des fondateurs. Dans le cadre de ce podcast, je pars régulièrement à la rencontre d'avocats associés de leur cabinet (en choisissant des profils assez variés : taille et origine du cabinet, sexe, spécialité, etc.) et je les interviewe sur différents sujets, jamais juridiques, mais qui ont davantage trait à leur vision de la profession, de leur propre carrière, des problématiques relatives à la place des femmes dans l’avocature ou à la conciliation vie personnelle / vie professionnelle. Chaque épisode est, à dessein, assez court (moins d'une demi-heure). Le podcast est disponible sur toutes les plateformes d’écoute

Pourquoi as-tu décidé de faire un tour du monde et comment cela s’est-il déroulé ?

Durant mes études, je n’avais pas eu l'occasion de voyager sur de longues périodes. J’avais pour objectif de terminer mon cursus “sans perdre trop de temps” et commencer ainsi à gagner rapidement ma vie, dans la mesure où je finançais seule mes études grâce à un emprunt bancaire… Lorsque j’ai quitté le cabinet, cela faisait quelques mois que j'avais rencontré mon conjoint actuel. Lui, à l'inverse, avait énormément voyagé, lors de ses études puis dans le cadre de ses premières expériences professionnelles. Il souhaitait réaliser un vrai tour du monde et m’a totalement séduite avec cette idée ! 

Après mon départ du cabinet, nous avons donc réfléchi à ce projet et avons fixé notre date de départ à septembre 2019. Entre temps, j'ai été recrutée par Predictice, qui a accepté de me reprendre à mon retour. Mon conjoint a quant à lui pu prendre un congé sabbatique puisqu’il travaillait depuis longtemps dans sa boîte. Nous sommes donc partis dans des conditions idéales.

Notre voyage avait pour concept “10 mois, 10 pays, 10 défis”. Parmi ces défis, il y avait notamment une méditation Vipassana de 10 jours en Birmanie : un réel challenge que je suis fière d’avoir relevé !

Nous n’avons finalement pu voyager que 7 mois compte tenu des contraintes liées à la Covid-19 mais ce fut amplement suffisant pour en profiter pleinement. Si nous avons manqué une bonne partie de l'Amérique du Sud, nous avons pu explorer une bonne partie de l'Asie, la Nouvelle-Zélande, l'île de Pâques, et plein d’autres endroits fabuleux.

Parle-nous de tes expériences de bénévolat :

C'est un pan de ma vie personnelle qui m'apporte énormément de bonheur. 

Je n'ai pas commencé le bénévolat très jeune : j’ai grandi avec ma mère qui vivait dans des conditions assez précaires, de sorte que le bénévolat n’était pas au cœur de notre quotidien. Néanmoins, les années passant, j’avais probablement besoin de trouver un sens à mon temps libre et c’est ainsi que je me suis naturellement tournée vers ce monde.

Je suis depuis toujours très sensible à la question carcérale et ai ainsi rejoint plusieurs associations qui y sont liées. Si je devais te parler d'une association, c’est celle qui consiste à aller rendre visite à des détenus dans un établissement pénitentiaire. Je suis pour ma part liée à la maison d’arrêt de Nanterre, à laquelle je me rends chaque semaine pour passer du temps avec certains détenus isolés. 

Je donne par ailleurs  des cours de français aux migrants dans le cadre d’une association parisienne.

Que t’apportent ces engagements au quotidien ?

Au travers de ces différents engagements bénévoles, j’éprouve un sentiment d'utilité extrêmement fort. Il y a toujours cette question : le pur altruisme existe-t-il vraiment ? Ces activités ne m'apportent pas financièrement, par définition et elles me prennent beaucoup de temps et d’énergie. J’y trouve néanmoins  mon intérêt, bien sûr, et ce serait mentir de dire l'inverse. Probablement que, de façon indirecte, cela me valorise en tant qu'être humain.

Quel est ton rêve le plus fou ?

Devenir directrice de prison !

Quels défis souhaites-tu relever prochainement ?

J'ai plein de projets, au premier rang desquels la naissance de mon enfant prévue en novembre 2021 ! C'est un point qui mérite d’être souligné parce que je suis aussi une femme, une future mère et cela fait partie des joies de la vie. 

J'ai bien entendu d’autres projets en tête, auxquels je me consacrerai en temps utile. Dans l’immédiat, je dois gérer une situation familiale complexe qui constitue à elle seule un challenge  : mon père a été arrêté puis incarcéré dans son pays d'origine pour des motifs politiques. Il encourt la prison à perpétuité dans un pays où les droits de la défense et les droits de l’Homme sont violés. Je me charge de coordonner toute cette affaire depuis la France, ce qui est un réel défi sur les plans organisationnel, affectif et financier. Pour le soutenir

Un conseil à partager ?

Je me souviens de la jeune femme anxieuse que j’étais lors de mes étud

es, lors de mes premiers choix en terme d’orientation, de stage, etc.. Je m’infligeais une réelle pression et j'avais toujours peur de prendre de mauvaises décisions.

Aujourd’hui, je sais que les premiers choix qu’on effectue en post-bac ne sont pas déterminants. D’autres le sont plus tard dans la vie, mais pas ceux-là. 

J’aimerais donc dire aux jeunes étudiants qu’ils ont le droit à l’erreur (personne n’est infaillible) et qu’ils ne doivent pas être trop durs et intransigeants avec eux-mêmes. Il faut savoir faire preuve de bienveillance, avec soi-même avant tout.

Qu’ils se consacrent à ce qui leur plaît avant tout, même si les voies semblent bouchées. Si je m’étais écoutée à l’époque, j’aurais choisi psycho : je serais peut-être psychologue en prison à l’heure actuelle…!  

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