"Cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse", la citation qui motive Antoine Sigalas

Ghizlene Taleb, June 20, 202110 min
ÉtudiantsPromo 2015

Se réorienter n'est pas échec. Il s'agit de trouver sa voie et de s'épanouir et, dans tous les cas, on aura appris quelque chose.

Bonjour Antoine, quelles études as-tu suivies ? 

Après mon Bac S, j’ai fait un an de prépa PCSI (Physique, Chimie, Science de l’Ingénieur) au lycée Chateaubriand à Rennes. Puis je me suis réorienté en double licence Droit-Economie et Gestion à Valence, rattachée à l’université de Grenoble. Cependant, je souhaitais intégrer  une université de renom, j’ai donc effectué un transfert à Paris pour mes deux dernières années de licence (L2-L3) à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. En 2019, j’ai intégré un Master 1 en Droit International des Affaires dont j’ai réalisé  le premier semestre en Erasmus à Trinity College à Dublin. Actuellement, je termine un Master 2 Relations Internationales et Action à l’Etranger, en alternance (une semaine de cours et trois en entreprise) au sein de l'entreprise Séché Environnement.

Pourquoi avoir abandonné la prépa scientifique et choisi de faire des études en droit et relations internationales ?

En prépa, je me suis rendu compte que je n’aimais pas les mathématiques et la physique. En terminale je m’en sortais bien mais le niveau était élevé en prépa, je n’ai pas suivi. D’autre part, je ne me voyais pas devenir ingénieur. 

Pour ma réorientation, l’objectif était de me rapprocher du domaine des sciences politiques. J’ai finalement été admis à Valence en double licence Droit-Economie. Je voulais garder le raisonnement scientifique avec l’économie et retrouver un côté plus littéraire avec le droit, deux matières qui servent dans tous les domaines. Lors de cette première année, j’ai suivi un cours de géostratégie qui m’a passionné et conforté dans le choix d’une spécialisation en relations internationales. C’est pour cela que j’ai voulu rejoindre la Sorbonne. 

Que voudrais-tu faire après ton Master ?

À la rentrée prochaine, je commence un Master spécialisé à l’ESSEC en Strategy and Management of International Business sur le campus de Singapour. Après cela, j’aimerais faire de la gestion de projet internationaux orientés vers le développement durable dans les pays en voie de développement, notamment en Afrique, Asie, Amérique latine, des zones géographiques sur lesquelles je me suis spécialisé.

Comment se passe ton alternance chez Séché environnement ?

Ma recherche d’alternance s’est déroulée en pleine sortie du premier confinement. Il était très difficile de trouver des offres d’emplois qui m’intéressaient. Beaucoup étaient dans le secteur de l’armement, que j’ai rapidement mises de côté. Finalement, j’ai postulé à une cinquantaine d’offres mais je n’ai eu que des retours négatifs. J’ai fini par transmettre mon CV à la CPME (Confédération des Petites et Moyennes Entreprises) où j’ai été repéré et contacté par Séché Environnement.

C’est une entreprise cotée qui réalise trente pour cent de son chiffre d'affaires à l’international grâce à ses nombreuses filiales. En tant que juriste chargé des affaires internationales, je participe à la gouvernance, à la négociation-rédaction-résiliation de contrats ainsi qu’au développement de projets internationaux. C’est cette partie qui m’intéresse le plus : trouver des partenaires, mettre en place des dispositifs pour l’importation et l’exportation de déchets, négocier, etc.

Mes journées commencent en général vers neuf heures et se terminent vers dix-huit heures (souvent un peu plus tard). J’ai en parallèle de nombreux livrables et projets de groupe à rendre dans le cadre de mon master, sans oublier la rédaction de mon mémoire. La charge de travail est très intense en alternance.

Es-tu en télétravail ou en présentiel ?

Je suis en télétravail depuis le mois de septembre, mon entreprise n’a pas fait le choix de reprendre en présentiel. De ce fait, je ne me suis pas familiarisé avec la vie en entreprise et je ne connais que mon équipe. Je trouve cela dommage pour une première expérience professionnelle où le poste est censé évoluer au fur et à mesure de notre intégration dans l’entreprise.

Ton avis concernant les relations internationales et la géopolitique en temps de crise :

Le premier confinement a démontré le penchant des États vers le regroupement sur eux-mêmes et le protectionnisme, ce qui est attendu par la population en temps de crise. Le problème étant que la pandémie est mondiale, elle se diffuse globalement. Cette fermeture, limitant les mouvements de population était nécessaire, mais la communication entre les États, notamment au niveau de l’Union européenne aurait dû se maintenir afin d’élaborer des mesures communes, comme elle le fait pour la gestion de la vaccination. La crise que nous subissons depuis plus d’un an prouve que nous vivons dans un monde globalisé et interdépendant, à l’image de la pénurie de masques corrélée à la fermeture des frontières. 

D’un autre côté, nous observons que des disparités existent et se renforcent en temps de crise entre les pays développés et ceux en développement. Prenons le cas des vaccins: ceux qui disposent des capacités de production et d’achat rassurent leur population et retrouvent une sérénité petit à petit alors que les pays plus pauvres, ayant moins de moyens, passent au second plan et ne sortiront de la pandémie que grâce à la charité internationale ou à travers des sacrifices, alors que nous parlons de vies humaines.

Raconte-nous tes expériences personnelles les plus marquantes :

Je suis un grand passionné de sport (quatre à cinq fois par semaine) et de voyages (quand c’est possible). Je pratiquais le tennis plus jeune, au pôle espoir de la ligue des Pays de la Loire, puis j’ai donné des cours lorsque j’étais lycéen. 

J’arrive à combiner mes deux passions à travers le trek. Mon premier a été l’ascension du Mont Toubkal, le point culminant d'Afrique du Nord. Puis, il y a deux ans, j’ai passé trois semaines au Kirghizstan. Je fais également beaucoup de ski de randonnée dans les Alpes en hiver.

Un jour, une personne était intervenue à Saint-Stanislas et nous avait parlé de son expédition qui consistait à partir seul avec un sac à dos et tenter de trouver un logement et un job pour travailler une saison. Son retour d’expérience m’a tellement motivé que je suis parti à l’aventure pendant un été à Brighton, en Angleterre, où j’ai travaillé en tant que serveur dans un restaurant. J’ai appris énormément de choses lors de cette expérience et je recommande vivement de suivre ces idées, de sortir de sa zone de confort car ce sont des aventures très formatrices. 

Avec du recul, que penses-tu avoir appris ?

Mes voyages m’ont permis de développer des compétences que j’utilise quotidiennement dans ma vie personnelle et professionnelle: comment s’organiser et préparer des projets, s’adapter, être autonome, assumer la responsabilité d’un groupe, s’ouvrir aux autres et échanger avec des personnes d’autres cultures.

Depuis mon trek au Maroc, j’ai beaucoup moins peur de l’inconnu, je suis devenu moins stressé. Juste avant de partir, je travaillais en tant que serveur et j’avais décidé de le faire pour me confronter à ma timidité. J’ai le courage de me mettre dans des situations gênantes et bloquantes pour sortir de ma zone de confort et apprendre. C’était le cas aussi à Dublin où j'ai cohabité avec vingt-deux colocataires de nationalités différentes et j’y ai appris à vivre avec les autres.

J’ai aussi pris conscience de l’importance d’avoir une bonne condition physique pour aborder n’importe quelle situation avec sérénité.

Qu’est-ce que la performance pour toi ?

Je suis baigné dedans depuis tout petit, avec la pratique du tennis notamment. J’ai un vrai esprit de compétition. Je regarde toujours ceux qui font plus pour tenter d’atteindre leur niveau, ça me pousse à aller toujours plus loin. Bien évidemment, j’ai vécu plein d’échecs (le principal étant la prépa) et en ce moment je suis attristé par deux projets avortés à cause de la situation sanitaire: l’ascension du Kilimandjaro et celle du Mont-Blanc en ski de randonnée. Mais j’ai toujours réussi à relever la tête, en cherchant à aller de l’avant et en me fixant de nouveaux objectifs. Il ne faut pas s’arrêter à l’échec parce qu’il est formateur d’une certaine manière. Il faut apprendre à chercher sa satisfaction et son épanouissement.

Ton plus grand succès ?

D’un point de vue personnel, l’ascension du mont Toubkal m’a procuré une grande fierté. D’un point de vue professionnel, c’est le fait d’avoir trouvé ma voie et d’être pris dans une grande école à Singapour l’année prochaine. Pourtant, ce n’était pas gagné après une année chaotique en prépa. À aucun moment je ne m'imaginais être là où j’en suis aujourd’hui.

Pourquoi avoir tenté l’ESSEC Singapour et pas une autre formation ou un autre campus ?

Avant tout, je voulais partir loin pour mon deuxième Master et être immergé pendant une longue durée dans un environnement différent. Ensuite, je souhaitais perfectionner mon anglais. Enfin, je voulais me former dans le développement de projets à l’international, principalement dans les pays en développement. Singapour constitue ainsi une porte d’entrée vers l’Asie.

Quelle est ton organisation sport/études ?

Il m’a fallu beaucoup de temps pour trouver mon équilibre. En prépa, j’avais totalement arrêté et j’en ressentais l'incidence sur mon bien-être et ma productivité. Ça m'a poussé à continuer à faire du sport. J’ai réussi à trouver mon équilibre lors de mon Erasmus à Dublin où je m’entrainais avec les meilleures athlètes du pays. Même si elles avaient des études très prenantes, elles réussissent à s’organiser en conséquence. De ce fait, j’ai appris que tout était une question de priorités et d’organisation.

Ta philosophie ?

On se trouve trop d’excuses, trop facilement. La motivation est un cercle vicieux: plus on fait de choses, plus on a envie d’en faire. Je m’inspire beaucoup d'athlètes comme Mike Horn ou Kilian Jornet.

qui raconte dans son livre qu’un jour, son réveil a sonné et il s’est fait la réflexion qu’il était bien dans son lit et qu’il pourrait y rester. Puis, il s’est repris en se rappelant que la satisfaction et le bonheur à tirer d’un record battu sont incomparables et inoubliables face au plaisir de dormir. Pour ma part, je me dis qu’il faut aller voir dehors, sortir et se créer des souvenirs. Une phrase qui me plaît bien: “tout est une question de volonté”. Si on se donne les moyens, on peut y arriver, sans oublier les questions de déterminisme social. Une autre phrase de Nelson Mandela que j’aime beaucoup: "Je ne perds jamais, soit je gagne, soit j'apprends." Il est question de rebondir derrière, de toujours aller de l’avant, quelle que soit la situation.

Programmes-tu quelque chose pour les mois à venir ?

Après mon Master à Singapour, mon objectif est de trouver un Volontariat International en Entreprise (VIE) ou en administration (VIA) : il me faut trouver une organisation française ayant des besoins à l’étranger.

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