Goulven le Pollès au service de la logistique et du bon goût

Ghizlene Taleb, October 28, 20218 min
EmploiPromo 2005

Parfois, le hasard fait que la première offre d'emploi à laquelle on postule est celle qui nous réussit. On vous présente le profil de Goulven Le Pollès qui en a fait l'expérience. Bonne lecture !

Bonjour Monsieur. Pouvez-vous nous raconter vos années Saint-Stan’ ?

J’ai obtenu mon baccalauréat à Saint-Stan’ en 2005 après avoir suivi un enseignement en filière scientifique. C’est un bon lycée dans lequel je garde de bons souvenirs. À l’époque, j'étais très mauvais élève puis j'ai rencontré une professeure qui s'appelait Chantal de Beauregard qui m'a vraiment donné le goût pour l'histoire. Cette prof m'avait donné l'envie du travail, l'envie du mérite, de la réussite. Avec elle, je m’étais fixé comme objectif d’avoir une très bonne note au bac malgré mon manque de sérieux au courant de l’année. J’ai réussi à obtenir 19 au bac d'histoire ! Il y a des rencontres dans la vie qui font que, parfois, on suit un chemin différent de celui envisagé.

Quels choix avez-vous opérés pour vos études supérieures ? 

À la fin du lycée, j’ai découvert que je n’étais pas vraiment scientifique ; j'étais davantage intéressé par le monde de l'entreprise et par l'économie. Cependant, je n’avais pas d’idée précise de métier. J’ai donc décidé d’intégrer l'université. J'ai fait une licence à l’IAE de Nantes en économie-gestion pendant laquelle j’ai eu l’occasion de partir en échange à l'université de Valence pour ma deuxième année. J’ai rapidement saisi cette opportunité de partir étant donné mon souhait de voyager et mes attaches familiales espagnoles.

Ensuite, j’ai terminé ma licence à Nantes.

Grâce à de bons résultats, j’ai été admis en Master 1 Economie et Management à la Sorbonne. Ensuite, pour poursuivre, j’ai été admis à la London School of Economics and Political Science après une procédure de sélection où une attention particulière a été portée au dossier : lettre de motivation, notes, TOEFL (les écoles exigent un niveau de 107 sur 120 en général pour cet examen alors que pour le IELTS, il est plus aisé d’obtenir davantage de points). 

Durant cette année, j’ai étudié les politiques économiques européennes puis, ne souhaitant pas faire de la politique, j’ai réintégré la Sorbonne pour suivre un Master en Business Strategy and Negotiation.

Dans quelle entreprise avez-vous été embauché à la fin de vos études ?

Une fois diplômé, je voulais devenir commercial. J’ai postulé à une seule entreprise, UPS, et j’ai été pris. Lors de la phase de sélection, j'ai dû avoir trois entretiens : ressources humaines, direction commerciale, chef d'équipe. Suite à quoi, j'ai entamé une période d'essai de trois mois. Ensuite, je me suis positionné en interne sur les postes ouverts qui m'intéressaient. J'avais une très bonne relation avec la direction commerciale, ce qui m’a permis d’intégrer ce service. 

Comment avez-vous évolué dans cette entreprise américaine ?

Dans une boîte américaine, ça peut aller très vite. À partir du moment où nos résultats sont bons, qu'on se rend visible et qu'on prouve notre motivation, on progresse professionnellement. 

J'ai commencé commercial, “le bas de l'échelle de la chaîne commerciale de l'entreprise” et mes missions consistaient à développer en Val-de-Marne (94) les services du groupe UPS auprès d'entreprises ayant du transport mais n'utilisant pas nos services : c'était de la pure prospection commerciale. De plus, je me chargeais de l'entretien d'un portefeuille de clients existants. 

Ensuite, j'ai pris un poste de commercial grands comptes, c'est-à-dire que je m’occupais seulement des gros comptes de l’entreprise. 

Au bout de deux ans, j'ai pris un poste de chef des ventes : je disposais d’une équipe et je gérais des commerciaux. C'étaient mes premiers pas dans le management. J’ai appris sur le terrain et j’ai découvert que cela me plaisait.

Depuis six mois, je me charge de manager huits commerciaux vendant les services d’UPS (transport, assurances, finances) dans plusieurs pays : France, Italie, Espagne, Pays-Bas, Belgique. 

Mon évolution professionnelle s'est faite naturellement. Au fur et à mesure des années, j'ai construit mon équipe selon des affinités, ce qui facilite les relations.

Comment travaillez-vous dans cet environnement international ?

C'est du management multi-culturel ou interculturel.

Mon profil me permet d’évoluer sereinement dans cet environnement : ma mère est prof d'Anglais, j’ai beaucoup voyagé quand j'étais petit et je maîtrise l’anglais, l’espagnol et l’italien. Ainsi, il m’est aisé de communiquer avec mes équipes même si les échanges se font majoritairement en anglais. 

D’autre part, je dirais qu’UPS est une boîte éminemment américaine qui a tendance à formater les employés selon les codes américains en pensant que ces derniers peuvent s’appliquer partout. Parfois, il y a un décalage entre les valeurs propres des salariés européens et les valeurs de l'entreprise. Il faut trouver le juste milieu. Si on ne se reconnaît pas dans cet état d’esprit, mieux vaut partir. 

Qu’est-ce qui vous plaît dans votre métier ?

J'aime le fait que les jobs commerciaux soient autonomisants : on gère notre emploi du temps comme on le veut (à partir du moment où il y a des résultats) et on est payé au mérite. Aussi, il est important pour moi de travailler dans une entreprise ayant un fort goût pour l'objectif. Par ailleurs, j’apprécie de dialoguer avec des personnes compétentes dans leurs domaines et d’échanger avec une équipe internationale : je travaille avec trois Italiens, deux français, un Hollandais et un Espagnol. 

Quel a été l’impact du Covid sur une entreprise de logistique ?

Nos activités ont à la fois été impactées positivement et négativement. 

En effet, les consommateurs étant chez eux, ils commandaient beaucoup plus sur Internet, notre volume a grimpé à tel point que les réseaux se sont retrouvés inondés de colis. Cependant, cette livraison aux particuliers (B to C) est moins rentable que de la livraison entreprise-entreprise (B to B) et nous avons dégagé moins de marge. 

Globalement, nous faisons partie des entreprises n’ayant pas souffert de la crise sanitaire. 

Par contre, nos habitudes commerciales ont été bouleversées : plus de déplacements chez les clients. Aujourd'hui, on ne fait quasiment que du télétravail ce qui nous permet de gagner du temps et de ralentir notre rythme et train de vie : quel soulagement de ne plus devoir prendre 150 vols d’avion par an !

Quelles sont vos passions ?

A côté de mon boulot principal, je consacre environ 15% de mon temps pour le guide culinaire LeFooding, dans lequel je suis chroniqueur gastronomique. Durant les week-end et les vacances, je parcours la France pour aller tester des tables.

L’aventure a commencé lorsque j'ai séduit le patron, Alexandre Cammas, il y a sept ans, en mentionnant ma passion pour les bons plats et pour le vin. Puis, de fil en aiguille, je me suis beaucoup impliqué dans le guide. Aujourd'hui, j'écris fréquemment : une centaine de chroniques sur les sept-cent guides.

J’allie deux jobs et c’est ce qui me rend épanoui. Je pense que notre génération a plus vocation à multiplier les emplois en ayant un boulot “alimentaire” et un autre relevant davantage de la passion.

Pensez-vous que l’université française façonne des jeunes prêts à intégrer le monde du travail  ?

Je considère que le système universitaire français n’est pas assez professionnalisant. Ce n'est pas comme dans les écoles de commerce où des professionnels expliquent régulièrement la réalité de leur métier.

Mes parents n’appartenaient pas du tout au monde de l'entreprise donc je ne connaissais pas le système des concours, l'entrepreneuriat, le réseautage… Aujourd’hui, j’ai découvert tout cela et je l'inculquerai à mes enfants. 

Contrairement à la pensée dominante, on n’a pas forcément besoin de passer par une école de commerce pour réussir. J'en suis l'exemple. En passant par l'université et sans payer des sommes astronomiques, je suis aujourd’hui satisfait de ma vie professionnelle.

Le mot de la fin ?

En étant à Saint-Stan’ ou en en sortant, il faut se renseigner sur le monde de l'entreprise en réalisant un maximum de stages parce que c'est ça qui va être professionnalisant. 

J’ajouterai qu’il est très bien de travailler dans une entreprise française, même si je travaille pour l’international. Il faut soutenir l’économie locale, le retour vers elle ira crescendo.

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